Hélène Sauriol

 
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 Le 27 novembre 1935 une belle petite fille aux yeux d’azur venait au monde. Enfant, elle aimait découper les fleurs dans les motifs des robes que sa maman lui donnait. Elle trouvait ça beau, des fleurs.

Hélène Sauriol était la première d’une famille de six enfants. Au pensionnat, elle se sentait responsable de ses sœurs et elle les protégeait contre les injustices.

Elle a grandi en beauté, avec piété.

Plus tard, elle est entrée chez les sœurs. C’était son rêve. Mais la vie en a décidé autrement et elle a dû renoncer à sa vocation. On ne connaîtra jamais vraiment la raison mais c’est peut-être parce que la Mère supérieure se sentait défiée. Ce fut pour la jeune Hélène une grande blessure.

Ma mère voulait être une bonne sœur. Une chance que ce n’est pas arrivé parce que nous ne serions pas là aujourd’hui!

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Une jeune mère courageuse

Belle comme le jour, dotée d’une forte personnalité, têtue comme Zeus, elle a poursuivi malgré tout son chemin. Hélène a eu cinq enfants : Daniel, Sylvie, Christian, Rachel et Jocelyn. Elle a eu également douze petits-enfants.

Jeune mère, elle était fière de travailler au bureau de direction de l’Expo 67. Elle a côtoyé de près les visionnaires d’un événement qui a mis le Québec au monde.

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Même si elle était très occupée et avait beaucoup d’enfants, la religion n’était jamais bien loin. Elle faisait des chemins de croix, des neuvaines, des chapelets, elle se rendait à l’oratoire Saint-Joseph, elle brûlait des lampions et priait pour les causes désespérées.

Nous ses enfants, elle nous emmenait à la messe tous les dimanches. Pendant que le père Gamache faisait son sermon et que maman priait, nous, on passait notre temps à compter les tics de langage du curé.

Chez nous les vacances et les fêtes, c’était sacré. On a souvent réveillonné chez les Sauriol et en vacances sur les plages d’Old Orchard, Cape Cod et Atlantic City. C’était des endroits rêvés.  Hélène aimait la mer, les levers et les couchers de soleil…et les clams chowder!

Ma mère nous a inculqué le sens du devoir et des responsabilités. Par son exemple, elle nous a appris le courage, la résistance et l’importance de suivre notre propre voie.

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Un matin de 1983, le sort a frappé. Hélène se rendait au travail. Elle était à ce moment agente d’assurance pour la compagnie Combined. Cette journée-là, en glissant sur une plaque de glace, elle s’est brisé les os de la jambe et de la cheville. Déclarée partiellement invalide, elle n’a plus jamais repris ce métier. La vie de notre mère a basculé, elle a vécu de nombreuses et dures épreuves.

Une nouvelle vie

Puis, Hélène a repris la route dans la plus stricte observance de la foi. Elle a entamé des études en théologie à l’Université de Montréal. Elle s’y est fait beaucoup d’amis. Dieu, toujours, la guidait. Onze années plus tard, le 10 mars 1994, elle a déposé son mémoire de maîtrise en théologie.

Le titre du mémoire de ma mère était : L’efficacité de la grâce sacramentelle.Une analyse comparative de deux auteurs sur la question des sacrements, entre signes et symboles. C’était aussi pour elle une recherche sur le sens. Le sujet complexe, difficile à comprendre en 2018. Avec une terminologie complexe : pneumatologie, scolastique, corps mystique, ecclésiologique, christologique, corporéité, inhabitation trinitaire, etc.

Un passage explique sa grande foi :

« Dans un monde à la pensée presque infantile face au don, il est inconcevable de donner sans recevoir. Par contre, une personne adulte ne peut vivre sans se donner totalement, c’est-à-dire donner sans attendre en retour. Laisser vivre Dieu en nous, n’est-ce pas apprendre le don gratuit et la reconnaissance d’un amour premier qui se donne entièrement comme vie nouvelle à travers la grâce sacramentelle ? »

Dans les premiers mots de sa thèse, on peut aussi lire ceci :

« Je veux remercier mes enfants, ma parenté et mes ami(e)s pour leurs constants rappels : Et puis, ta rédaction, ça avance ?Je suis persuadée qu’une telle interrogation m’a poussée à terminer cette recherche »,a-t-elle écrit.

C’est donc écrit noir sur blanc dans un livre à l’université : nous étions sa force !

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Un lien éternel

À 58 ans, Hélène termine sa maîtrise. On aurait donc dû l’appeler « maître », parce que c’était son titre. Pour elle, après avoir quitté les sœurs, c’était toute une réussite que d’entrer par la grande porte dans le petit monde québécois des grands penseurs de la foi.

C’était sa façon à elle de reprendre son chemin…à elle. De trouver sa propre voie.

Hélène était votre amie, votre sœur, votre mère, votre grand-mère, votre parente, votre voisine, votre confidente. C’était un volcan insoumis. Un certain exemple de résilience.

Avant que le destin ne la frappe ce fameux jour de 1983, c’était aussi une Mère Courage.

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Elle a traversé la vie durement, protégeant sa liberté avec une volonté de tous les instants.

Là où elle est, je sais que notre mère est bien : elle ne croisera personne pour essayer de lui dire quoi faire ou quoi penser.

Personne ne pouvait vraiment la diriger sauf Dieu qui, toujours, à chaque moment de sa vie, la tenait par la main. Et, lorsqu’elle est morte, il n’était sans doute pas très loin.

Maman, le lien qui nous unit est éternel.

Chaque fois que la foudre retentira, c’est ton petit côté Zeus qui nous grondera. Chaque fois que le soleil resplendira, ce sera pour nous sourire. Et chaque fois qu’il y aura la pluie, ce sera pour faire pousser des fleurs autour des robes des jeunes filles.

Salut maître! Salut maman !

Hélène Sauriol | 27 novembre 1935 - 22 novembre 2018

Père : Rosario Sauriol
Mère : Jeanne Faniel
Frère : Jacques Sauriol
Sœurs : Monique, Marguerite, Yolande, Thérèse Sauriol
Enfants : Sylvie Soulière, Daniel, Christian, Jocelyn, Rachel Desjardins

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Isabelle Maher