Guy Noël

 
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Homme entier, authentique et droit, Guy Noël n’a jamais su faire semblant. Aimant sans être exubérant, présent sans prendre trop de place, cet homme de peu de mots avait deux grandes fiertés : sa femme, Rita, et son fils, Alexandre.

Homme de famille, ami fidèle et farceur, patron aimé et respecté, tout au long de sa vie, il tisse des liens profonds. Homme au grand cœur sur qui l’on pouvait compter, il était généreux de son temps et de ses efforts.

« Mon père comprenait que tu avais un besoin et il allait au-devant », résume Alexandre.

Guy Noël est né un 19 mars, le même jour que ses deux sœurs aînées, Aline et Andrée. Issu d’une famille de six enfants, c’est un grand frère fiable qui écoute et rassure.

Fils de Léo Noël et de Marguerite Venne, Guy a un grand respect envers ses parents aimants. Son père travaille au service de la voirie de la Ville de Montréal, tandis que sa mère s’occupe de la famille. Léo est plus sévère que sa douce épouse. Comme il a de fréquents maux de tête, les enfants doivent être sages et ne pas trop faire de bruit. Avec lui, pas de niaiseries à table. Tous les dimanches, la famille se rend à la messe.

Guy grandit à Montréal, au 1421, rue de la Visitation, entre Sainte-Catherine et de Maisonneuve. Comme tous les enfants du Faubourg à m’lasse, il joue au cow-boy et à la cachette dans la petite ruelle Martineau.

Fasciné par la communauté chinoise de l’époque, dont le principal gagne-pain[1] était de travailler dans les blanchisseries, le jeune Guy aimait aller taquiner le nettoyeur du coin, se souvient sa sœur aînée Andrée. Il ouvrait la porte du commerce et les saluait en criant : « Tchin ! Tchin ! », avant de courir se cacher.

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Étudier n’est pas la plus grande passion de Guy. Il fréquente l’école Saint-Pierre-Apôtre, rue Panet. « En première année, il reçoit son premier bulletin : il est premier de classe. On s’en souvient parce ce fut la seule fois », lance Andrée à la blague.

Son peu d’intérêt pour les études n’empêche pas Guy de terminer son secondaire à l’école Le Plateau. Il sait faire ce qu’il faut. Quelques années plus tard, il va chercher les formations dont il a besoin pour exceller dans son travail, dont un certificat en comptabilité à l’université.

La famille Noël ne roule pas sur l’or et Guy apprend très tôt que rien ne lui arrivera tout cuit dans le bec. Son père, Léo Noël, aime quand même changer de voiture tous les trois ans. Afin de pouvoir se le permettre, il fait des rapports d’impôt à un dollar pour les particuliers et à trois dollars pour les entreprises. Ses clients se présentent chez lui avec des sacs de papier brun remplis de factures. Plus tard, Guy aussi fera des déclarations de revenus.

Léo mourra à l’âge de 58 ans d’une crise cardiaque en se rendant à l’épicerie. De ses parents, Guy héritera d’un petit côté protocolaire.

Fin des années 1950, comme les garçons de son âge, Guy se coiffe d’un coq à la Elvis Presley. Il a 15 ans, il aime sortir avec ses amis et aller danser. Lors de son anniversaire, il se fracture une jambe en se faisant donner la bascule. Il s’entoure de gens qui aiment rire et faire des blagues.

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Lorsque Guy rencontre Rita Lepage, il est charmé par cette jolie Gaspésienne et son coin de pays. Treizième d’une famille de quinze enfants, Rita épouse Guy le 29 juin 1974.

Le couple avait choisi de servir du poulet « St-Hubert BBQ » à leurs invités. Lors des préparatifs du mariage, Guy demande conseil à son futur beau-frère, Louis-Philippe Arsenault : « Crois-tu qu’une cuisse de poulet par personne, c’est suffisant ? »

À la blague « Ti-Louis » lui répond que c’est très peu de nourriture pour faire danser les invités après le repas. Orgueilleux et un peu rancunier, le marié fera servir un poulet entier à son beau-frère lors des noces.

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Cette histoire n’en restera pas là. Quelque temps plus tard, lors d’une fête de Noël célébrée chez Marcelle et Louis-Philippe, ce dernier aura sa petite revanche… C’était l’époque des bars dans le sou-sol des maisons. Guy, qui avait demandé une bière, se voit servir par son beau-frère une immense coupe bien remplie pouvant contenir l’équivalent de sept consommations. Sur la coupe, on pouvait lire : « I bet you can’t. »

Guy encourage Rita, qui apprend à conduire. Afin qu’elle puisse s’exercer, il décide de lui faire prendre la route jusqu’en Gaspésie. Peu rassuré, il lui cache sa nervosité en sortant un peigne de sa poche. Tout en coiffant nonchalamment ses cheveux, il lui répète : « C’est beau, Rita ! C’est beau ! »

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Un homme de famille 

La famille est importante pour le couple. Guy fréquente beaucoup ses frères et ses sœurs ainsi que sa belle-famille. L’été, avec Rita, il visite fréquemment la maison de la famille Lepage à Saint-Omer, en Gaspésie.

C’est en 1978 qu’Alexandre voit le jour. De l’avis de plusieurs, le fils unique de Guy a hérité de son sens de l’humour.

« Guy aimait raconter des farces. Chaque fois que tu le regardais, il souriait. Il était très espiègle ; je retrouve Alexandre en lui », raconte Mélita Chadillon, une amie du couple.

Le principal intéressé décrit pourtant son père comme quelqu’un de très sévère et de sérieux : « Mon père, c’est un Mini-Wheats, il a gardé son côté givré pour ses amis mais pas avec nous », raconte Alexandre.

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Comme bien des hommes de sa génération, Guy est un père aimant qui parle peu et place la barre très haut. Il exige que son fils fasse minimalement un baccalauréat. Alexandre, qui pensait étudier en Art et technologie des médias au cégep de Jonquière, devra corriger le tir. Il terminera plutôt un baccalauréat, en plus d’une maîtrise, en gestion.

« Mon père a maintenu les standards élevés pour moi, ce qui m’a amené à faire plus », explique-t-il.

La petite famille est installée dans le quartier Vimont, à Laval, rue de Breda. Alexandre décrit ses parents, des gens plutôt traditionnels. Un père extrêmement fier de ceux qu’il aime mais qui le démontre peu, et une mère à la maison qui lui sert le proverbial : Attends que ton père arrive ! 

Guy est aussi un tendre qui a toujours eu un lien spécial avec les enfants. Aujourd’hui devenus grands, ils sont nombreux à se rappeler avoir reçu un petit sac de bonbons offert par cet homme réservé au cœur tendre. Il s’intéressait à eux, leur racontait des blagues. Sur une photo, on le voit par terre à quatre pattes en train de jouer à la Barbie avec les filles de sa nièce, Louise Arsenault.

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Plus tard, avec ses petites-filles, Rose et Abigael, le lien est tout simplement magique. Lors d’un anniversaire, le grand-père gâteau se laisse prendre en photo avec une couronne de princesse sur la tête et des boucles d’oreilles en faux diamants.

Guy est un être généreux, souligne Réjeanne, la sœur de Rita. Cette dernière se souvient d’un cadeau qu’il avait déposé pour elle sous le sapin lors d’un Noël où elle se sentait seule après avoir divorcé. C’est aussi lui qui a participé à l’organisation de son 51eanniversaire.

Guy Noël savait où il allait dans la vie… mais pas en voiture, raconte en riant son amie Mélita. Chaque fois qu’il quittait le quartier Vimont à Laval pour aller visiter ses amis Laurent et Mélita à Kirkland, Guy finissait toujours par se perdre et appeler son ami Larry à la rescousse.

« Parfois, dit-elle, il fallait aller le chercher tellement Guy n’avait aucun sens de l’orientation. »

Lorsque les GPS sont arrivés sur le marché, Guy doutait… Il a demandé à son ami Laurent : « Penses-tu que c’est bon, c’t’affaire-là, un GPS ? » Sans hésiter, ce dernier avait répondu : « Oh que oui ! » Muni de son nouveau GPS, Guy se dirige donc avec Rita vers Kirkland. En route, il conteste les indications et s’obstine avec la voix robotisée au point de débrancher le gadget et de le balancer sur la banquette arrière.

Guy aimait faire rire ses amis, poursuit Mélita. « Et il riait de bon cœur. La bonté émanait de lui. J’aimais son écoute, sa gentillesse, c’était un chic type. »

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À la fois meneur et gars d’équipe

Guy a occupé divers emplois au sein de plusieurs entreprises du domaine de l’alimentation : St-Hubert, Steinberg, Maple Leaf, Pillsbury et Green Giant.

En 1977, il entre chez le fabricant de nourriture pour animaux Purina. Pendant 27 ans, jusqu’à sa retraite, en 2004, il sera directeur régional des ventes pour le Québec.

« Grâce à lui et à son professionnalisme, il a fait la renommée des employés du Québec », affirme Nicole Cyr, qui fut sa secrétaire pendant près de dix-sept ans.

Même si tous l’appelaient « monsieur Noël », Guy était aimé de ses employés. Il imposait le respect sans se prendre pour un autre. Le vendredi, il aimait bien aller boire une bière avec son équipe. Il avait le don de rendre les gens à l’aise et il savait les écouter, décrit-elle.

Figure paternelle, il n’aimait pas la chicane. Lorsqu’il y avait un conflit entre ses employés, il voulait que ça se règle. La manière Guy Noël était simple et efficace :       « Tiens-toi debout, dis ce que tu as à dire et je vais t’appuyer », résume Nicole Cyr.

Lors du party de Noël des employés, les conjoints étaient invités. Avec Rita, Guy Noël faisait le tour de chaque table et s’informait de tous.

« Il connaissait ma famille et il en faisait partie », dit-elle.

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Un dernier geste d’amour

Lorsque Rita, fragilisée par la maladie, requiert plus d’attention, Guy veille sur elle et protège celle qu’il aime comme le plus précieux des trésors.

Après quelques années, la fatigue le rattrape et il se voit contraint de vivre séparé de sa femme, dont l’état de santé nécessite plus de soins. Jusqu’à la fin, tous les soirs avant qu’elle s’endorme, Guy est là et lui tient la main avec une infinie douceur.

Fier et soucieux de son image, Guy est peu bavard sur son état de santé qui se détériore. Ses proches n’ont su que très tard à quel point il était lui-même très malade.

Le 1eravril 2018, la famille devait se réunir pour célébrer la fête de Pâques. Victime d’un AVC, c’est plutôt à l’hôpital de Saint-Eustache que Guy reverra les siens.

Deux scans révéleront un cancer du poumon qui s’est généralisé. Guy sait donc qu’il ne s’en sortira pas et il refuse que l’on s’acharne avec des traitements agressifs. Il formule deux souhaits à son fils, Alexandre, qui livrera cette ultime bataille à ses côtés. Son père ne veut pas souffrir et il ne veut pas que ça traîne.

Les yeux rieurs de l’homme de 74 ans se sont fermés le 2 juin 2018.

Vos témoignages de sympathie peuvent se traduire par un don à la Fondation de l’Hôpital Marie-Clarac.

[1] On retrouvait les blanchisseries chinoises en grand nombre à travers le Canada de 1900 à 1950.

Guy Noël | 19 mars 1944 - 2 juin 2018

Conjointe : Rita Lepage
Père : Léo Noël
Mère : Marguerite Venne
Frères : Jacques (Denise), Luc (Marie), Yves Noël (Ginette)
Sœurs : Aline, Andrée Noël (Mario)
Enfant : Alexandre Noël (Isabelle)
Petits-enfants : Rose, Abigael Noël