Jean-Christophe Poirier

 
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Jean-Christophe était un poète, un romantique, un sportif. Mais il était avant tout un gentil géant qui adorait sa mère Pauline et sa petite sœur Isabelle.

Cette belle âme a marqué ceux qui l’ont connu, même s’il est mort beaucoup trop jeune au petit matin du 6 décembre 1998. Il avait tant à offrir.

Dans la soirée du 15 novembre 1998, Jean-Christophe a porté secours à un couple victime d’un accident sur l’autoroute 640, non loin de la A15, à Rosemère. C’est alors qu’il a été happé par une autre voiture et projeté contre un garde-fou. Très gravement blessé, il est décédé à l’Hôpital Sacré-Cœur, à Montréal, trois semaines plus tard.

Une force tranquille

Jean-Christophe est né le 1er décembre 1974. Il était un enfant très enjoué, plein d’énergie et toujours en train d’explorer le monde qui l’entourait dans le sud-ouest de Montréal. C’est là qu’il a passé la majeure partie de son enfance, avant de déménager avec sa mère et sa sœur à Boisbriand en 1990.

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On dirait de nos jours qu’il était hyperactif, mais, à la fin des années 1970, il n’était pas courant de désigner le trop-plein d’énergie des enfants de cette façon. Il fallait constamment le surveiller tant sa curiosité était grande et son désir de parler avec tout le monde était fort. Charmeur et charmant, il a été considéré toute sa vie comme un « parleux » : il avait cette qualité d’entrer en lien facilement avec les autres. Bavarder pour lui, c’était une seconde nature.

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À l’adolescence, il était celui autour duquel les groupes d’ami(e)s se formaient. On ne compte plus les fêtes tenues chez sa mère qui se terminaient tard dans la nuit. Ses virées dans le Nord avec ses potes ont été mémorables. Tous ses amis témoignent de sa grande loyauté envers eux. Être ami avec Jean-Christophe, c’était pour la vie.

Cette même loyauté, il l’exerçait envers sa famille élargie, oncles, tantes, cousins et cousines. Parfois même un peu trop de l’avis de certains. Un de ses amis se souvient que, lors d’un voyage en voiture, il avait chanté l’intégral d’un disque que son cousin Marc avant enregistré avec son groupe. C’était un être qui aimait appartenir à une bande sans jamais tenter de la diriger : une force tranquille sur laquelle s’appuyer était facile.

Jean-Christophe aidait sa mère qui s’occupait de personnes lourdement handicapées qu’elle logeait et soignait chez elle pour gagner sa vie. Jamais il n’a rechigné pour donner un coup de main, même avec des patients qui avaient des pathologies pouvant les rendre violents. L’empathie et la générosité l’ont toujours habité sauf, vous diraient ses amis, s’il vous prenait l’envie de piger l’une de ses Mc Croquette dans son assiette. Alors là, gare à vous !

Après avoir œuvré dans plusieurs domaines, Jean-Christophe avait enfin trouvé sa voie à l’aube de ses 24 ans. Il comptait devenir garde du corps, un métier qui le passionnait. En attendant, il travaillait comme agent de sécurité à l’Aéroport international de Mirabel, qui était alors toujours en service.

Puis, ce terrible accident a freiné son parcours. Dans un journal, il ne s’agit que d’un autre fait divers vite lu et oublié. Pour sa mère Pauline et pour sa sœur Isabelle, ç’a été une tragédie dont elles ne se sont toujours pas remises, après 18 ans. Un séisme innommable.

Isabelle et son conjoint Alex ont eu deux filles : Abigael et Rose. Celles-ci ne connaîtront jamais leur oncle, sauf à travers les récits des gens qui l’ont aimé et quelques albums de photos.

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Rassembleur jusqu’à la fin

À l’image de son court parcours avec nous, les trois dernières semaines de la vie de Jean-Christophe ont été inspirantes.

Cloué au lit, il souffrait de tout son être, même si cela ne paraissait pas à première vue. On eut dit que son corps avait été épargné, mais qu’il était tout brisé à l’intérieur. Avec courage et humour, il réussissait malgré tout à encourager les nombreux visiteurs qui venaient le voir quotidiennement à l’Hôpital Sacré-Cœur. Jean-Christophe s’est éteint subitement à l’aube du 6 décembre, sans crier gare. Comme s’il voulait s’en aller sans déranger.

Un de ses amis a dit, suite à son décès, qu’il était mort en héros et que cela lui convenait parfaitement.

Jean-Christophe a reçu à titre posthume la Médaille de la Bravoure de la Gouverneure générale le 5 décembre 2000, deux ans après sa mort. Cette décoration est décernée « pour des actes de bravoure accomplis dans des circonstances dangereuses ». Son Excellence Adrienne Clarkson l’a remise à Pauline et Isabelle. Drôle de coïncidence, Adrienne, c’était le nom de sa grand-mère bien-aimée sur laquelle il a veillé lors de son décès en janvier 1994, dans la maison qu’il habitait à Boisbriand.

Jean-Christophe portait le prénom du « patron des voyageurs ». Hélas, son voyage s’est terminé beaucoup trop tôt. Tous les ans, aux alentours du 6 décembre, ceux qui l’aimaient se réunissent pour honorer et préserver sa mémoire.

Hommage

Par Pauline Bisaillon, mère de Jean-Christophe

Jean-Christophe mon ange,
 
9 ans déjà, comme le temps a passé, si vite et si lentement à la fois. Il y a 9 ans mon homme, tu me quittais pour poursuivre ta route ailleurs, loin, très loin, sans moi. J’ai cru en mourir de chagrin, j’étais comme un robot, j’avançais je ne sais comment et surtout pourquoi. Je me souviens que je me disais qu’il ne me fallait prendre qu’une minute à la fois car je ne pouvais pas voir plus loin car tout le reste de ma vie sans toi c’était impensable, invivable. La vie, ma vie s’arrêtait là et je ne voulais pas vivre si toi tu n’étais plus là.
 
9 ans déjà, je suis toujours là, un peu moins souffrante qu’il y a 9 ans,  ma vie ne s’est pas arrêtée, elle a pris une longue pause mais elle a pris le dessus car le souffle de vie est si fort, la flamme qui brûle en nous est plus forte que la mort et un jour elle se rallume petit à petit. Une minute, une heure, une journée, une semaine à la fois et un jour on se rend compte qu’il y a déjà 9 ans de passé.
 
9 ans déjà, tu sais ma vie a changé, avant je croyais que j’avais le contrôle de la vie, bien sûr je me battais pour que vous soyez heureux toi et Isabelle, je travaillais fort pour que vous ne manquiez de rien, j’avais nos vies bien en main, je savais où j’allais et ce que je voulais. Mais un jour j’ai su que je ne contrôlais rien, que quelqu’un était plus fort que moi et qu’il tenait ta vie et la mienne dans ces mains et que quoi que je fasse, je ne pouvais rien faire, j’ai vraiment connu ce qu’était l’impuissance totale. Debout à côté de toi, te regarder souffrir, sentir que tu allais mourir et ne pouvoir rien faire, ne pas pouvoir te retenir, quel calvaire j’ai dû vivre.
 
9 ans déjà, tu me connais bien Jean-Christophe, tu sais que je ne baisse pas les bras facilement mais cette fois-ci je n’ai pas eu le choix, je n’ai toujours pas accepté ton départ, départ si brusque et si cruel mais j’ai appris à vivre avec la souffrance, c’est un mal chronique, incurable qui vient et qui repart à des moments où je ne m’y attends pas. Tu sais mon sens de l’humour est revenu, je me surprend à rire aux éclats et je ne me sens plus coupable de rire, je sais que tu serais heureux de m’entendre.
 
9 ans déjà, tu sais il y a toujours ce grand trou dans mon cœur, ce manque de toi, mais j’espère et je crois qu’un jour nous nous retrouverons et nous ne nous quitterons plus.
Du haut de ton étoile, la plus brillante du ciel, envoies-moi ta force.

Je t’aime mon homme.
Maman 

Jean-Christophe Poirier | 1 décembre 1974 - 6 décembre 1998

Père : Rosaire Poirier
Mère : Pauline Bisaillon
Sœur : Isabelle Poirier

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