Lloyd Hamlyn Hobden

 
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« La quête de l’amour, c’est le noyau de l’existence. »
-Andrée Maillet

Lloyd Hamlyn Hobden a construit son destin incroyable en suivant ses passions.

Très jeune, il s’intéresse à la culture française. Ce fils d’un pasteur protestant établi à Vancouver dévore les livres de Balzac, de Stendhal ou de Dumas. Impossible de savoir d’où lui vient cet amour, mais il est puissant. Tellement qu’étudiant à l’UBC (University of British Colombia) dans les années 1930, Lloyd parvient à décrocher une bourse afin de faire son doctorat à l’Université Paris- Sorbonne. Il consacre ses travaux à l’humour dans l’œuvre de Gustave Flaubert.

La guerre

En 1939, il habite à deux pas du Jardin du Luxembourg dans le Quartier Latin, tout près de l’université. C’est le Paris de la bohème, un endroit idéal pour un jeune homme féru de culture française : quel bonheur ! Sauf que ce dernier est mis à mal par le contexte politique européen.  Le 3 septembre, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne suite à l’invasion de la Pologne par les nazis. Lloyd comprend dès lors que sa vie sera bouleversée et qu’il faudra se battre pour sauver la démocratie.

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« Je suis content d’être ici et privilégié de partager avec les citoyens de Paris ce qu’ils doivent subir. Mais, j’ai seulement un petit aperçu de ce que sera cette guerre. Ce n’est pas la peur qui compte, ce n’est pas l’individu qui compte, mais c’est l’ensemble : cette impression qu’il n’y a aucun espoir pour la civilisation de ce côté-ci de l’Atlantique », écrit-il dans une lettre à ses proches datée du 7 septembre 1939.

Lloyd décide de se porter volontaire dans l’Armée française, mais on lui indique qu’il serait mieux pour lui de servir sous le drapeau de son pays. Il revient donc en Colombie-Britannique et joint l’unité des Rocky Mountain Rangers, puis le Seaforth Highlanders. Il est ensuite muté comme Lieutenant d’infanterie au sein du Canadian Scottish Regiment. Cette formation est transférée en Grande-Bretagne en août 1941. Pendant deux ans et demi, Lloyd s’entraîne et ronge son frein avec son unité en prévision de la libération de l’Europe.

Les Alliés débarquent en Normandie le 6 juin 1944. Le Canadian Scottish Regiment est de l’opération. Lloyd est déployé à Juno Beach et participe à la bataille qui mène à la libération de Caen. Il s’illustre ensuite dans les combats visant à dégager le nord-ouest de l’Europe, notamment dans l’estuaire de l’Escaut et à Anvers en Belgique puis aux Pays-Bas. Ce sont des combats très durs dans le froid et l’humidité. L’armée canadienne est réputée pour mener des opérations difficiles. En février 1945, Lloyd reçoit une balle de mitrailleuse dans une cuisse, lors de l’opération Véritable près de la Meuse sur la rive ouest du Rhin.

Il est rapatrié en Belgique, sa guerre est terminée.

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L’amour de sa vie

À la fin du conflit, Lloyd retourne en France avec le grade de capitaine et travaille quelque temps pour les services de renseignements canadiens. Il profite de l’occasion pour reprendre ses études après six ans d’interruption et compléter sa thèse de doctorat à la Sorbonne.

Sa vie change à jamais en 1947, lors d’une cérémonie en l’honneur des soldats canadiens ayant participé à la bataille de Normandie. Le regard du jeune homme croise celui d’Andrée Maillet, la correspondante de l’hebdomadaire montréalais Le Petit Journal venue couvrir l’événement.

Entre les deux, la connivence est immédiate. Andrée est une journaliste qui entame sa carrière d’écrivain et aussi une femme d’action issue de la bourgeoisie canadienne-française de Montréal. Ce Canadien anglais francophile de l’Ouest et cette Québécoise se rencontrent donc en France. Ils se fiancent dans le Berlin occupé et se marient civilement, avant de le faire religieusement dans l’église protestante de l’ambassade britannique, la veille du jour de l’an. Ils passent ensuite leurs vacances à Mougins près de Cannes, puis à Nice.

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La France de l’après-guerre est un lieu d’effervescence culturelle et politique extraordinaire. Pour ces deux jeunes amoureux de la littérature, c’est un endroit rêvé. Ils côtoient plusieurs personnalités, dont Germaine Tillon, célèbre héroïne de la résistance française.

Néanmoins, le couple revient au pays au début des années 1950. Pour se mettre en règle dans la société conservatrice de l’époque, ils se marient à nouveau, deux fois plutôt qu’une, selon les rites catholiques et protestants.

« On n’a jamais pensé à se divorcer, avec trois mariages, ça aurait été bien trop compliqué », disaient-ils à la blague.

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Le couple s’installe sur la rue Arlington à Westmount. Deux garçons et une fille viennent au monde entre 1953 et 1957. C’est l’unique famille francophone de la rue dans ce quartier anglophone huppé.

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Grand voyageur et publiciste

À Montréal, Lloyd travaille en relations publiques et développe une expertise de publiciste dans l’industrie touristique. Il se spécialise dans les pays d’Europe de l’Est qui sont alors sous l’emprise de l’Union Soviétique derrière ce que Winston Churchill avait nommé « le rideau de fer ».

L’écriture de centaines d’articles et communiqués de presse ainsi que l’organisation de nombreux événements sur ces pays font en sorte qu’il noue des liens importants avec des personnalités du bloc de l’Est, notamment de la Tchécoslovaquie. Ces liens étroits l’amènent, entre autres, à être nommé coresponsable du pavillon tchécoslovaque lors de l’exposition universelle de Montréal en 1967. Il recevra la Médaille des affaires étrangères de la République tchèque en 2007 pour sa contribution à la promotion de ce pays.

Sa famille bénéficie aussi de ses nombreuses expéditions. Dans les années 1960 et 1970, Lloyd, sa femme et leurs trois enfants font le tour de l’Europe, y compris dans plusieurs pays du bloc soviétique, ce qui est rarissime pour l’époque.

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Il poursuivra sa carrière de publiciste jusqu’à l’âge de 89 ans, se passionnant pour l’Égypte (qui devient un de ses clients) et voyageant en Asie.

Lloyd était un homme diplomate que ses enfants n’ont jamais vu en colère. Un homme qui exprimait avec une voix douce ses désaccords de façon calme et respectueuse : un gentleman à l’humour typiquement britannique, selon son fils Roger.

Andrée Maillet et lui resteront unis et complices toutes leurs vies. Andrée était fervente indépendantiste, militante et candidate du Rassemblement pour l’Indépendance Nationale (RIN) à Westmount dans les années 1960, puis membre du Parti Québécois, tandis que Lloyd était attaché au Canada. Malgré des idées politiques aux antipodes, rien n’a pu les séparer. Andrée Maillet est décédée en 1995 des suites d’une longue maladie.

Un homme modeste et bon

Lloyd Hamlyn Hobden a vu la mort de près durant la guerre. Ses exploits militaires sont relatés dans quelques livres d’histoire et il a été décoré à plusieurs reprises pour son courage. Pourtant, il n’a jamais raconté l’aspect douloureux de ses aventures à ses enfants et petits-enfants. Ce n’était pas non plus le genre d’homme à se vanter de ses réalisations.

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À la place, il donnait l’exemple du respect d’autrui, de la curiosité envers les autres et de l’ouverture à la différence. Cet homme, qui n’était pas particulièrement croyant, n’a jamais cessé de croire en la bonté humaine.

Ceux qui l’ont connu se souviennent de Lloyd Hobden comme d’un homme bon et généreux, exceptionnellement doué pour le bonheur.

Il est décédé le 20 décembre 2015 des suites de la démence à corps de Lewy. Avant de mourir, il a reçu une surprise de taille.  Afin de commémorer les 70 ans de la libération de la France, il a été décoré de la Légion d’honneur en 2014, lors d’une cérémonie qui s’est tenue à l’Hôpital des anciens combattants de Sainte-Anne-de-Bellevue, dans l’ouest de Montréal.

À cette occasion, son petit-fils Xavier Corbeil a bien résumé qui était Lloyd :

« Il est comme un chat, il a eu neuf vies. Il a eu une vie d’humain incroyable.»

Lloyd Hamlyn Hobden | 29 mai 1917 - 20 décembre 2015

Conjointe : Andrée Maillet
Père : Révérend J.Dinnage Hobden
Mère : Frances Hamlyn
Sœur : Frances Hamlyn Hobden
Enfants : Alexandra Hobden, Roger Hobden, Christian Hobden 

 
Isabelle Maher