Devoir de mémoire

 
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On connaît Philippe de Gaspé Beaubien, celui qui a piloté de main de maître Expo 67 et fait de Telemedia, un empire de l’édition et des télécommunications. 

Ce que l’on sait moins de l’homme d’affaires, c’est qu’il est issu de l’une des rares familles prestigieuse enracinée chez nous depuis l’époque de la Nouvelle-France. 

La famille de Gaspé-Beaubien compte dans sa longue lignée, l’héroïne Madeleine de Verchères, la fondatrice de l’Hôpital Saint-Justine Justine Lacoste, le premier romancier canadien-français, Philippe Aubert de Gaspé, ainsi que de nombreux membres de l’élite historique de la nation canadienne-française. 

Avec de tels ancêtres de renom, vient un inévitable devoir de mémoire croit Philippe de Gaspé Beaubien. « Dans ma famille, il y a toujours eu des historiens ou des gens préoccupés par l’histoire de nos ancêtres. Pour moi, c’est un lourd fardeau », confie-t-il.

L’homme de quatre-vingt-onze ans affirme n’avoir jamais travaillé pour faire de l’argent, mais plutôt pour tenter de construire quelque chose de valable et laisser un legs.

Faire partie d’une grande famille comme il y a peu au Québec vient avec une sorte d’obligation : celle de transmettre sa passion de l’histoire. Philippe de Gaspé Beaubien s’est donc donné la mission de préserver et faire connaître l’histoire familiale à ses descendants. 

« Je suis un maillon dans une famille établie ici depuis 1646. J’ai pris mon affiliation à la famille comme une responsabilité de transmission », ajoute-t-il.

Monsieur de Gaspé Beaubien a même embauché des « chasseurs de trésors » qui ont sillonné l’Amérique du nord à la recherche d’artefacts et de documents liés à sa famille. Il a ainsi pu récupérer deux cents pièces ayant appartenu à ses ancêtres. 

Des coffres aux trésors

Père et plusieurs fois grand-père, il a également eu l’idée de léguer à ses enfants et petits-enfants quinze coffres d’une grande beauté dans lesquels il leur laisse des trésors d’une valeur inestimable. 

Chacun de ces coffres contient cent cinquante extraits vidéo, une réplique du manuscrit Les Anciens Canadiens, écrit par Philippe Aubert de Gaspé, des cartes géographiques de même qu’une encyclopédie familiale en plusieurs volumes, dans laquelle il publie ses mémoires racontant l’émergence d’une classe d’affaire au Québec, au siècle dernier. 

« Mes petits-enfants forment la 14e génération de notre famille. Il ne faut pas qu’ils se sentent meilleurs que les autres, même s’ils ont une tradition familiale extraordinaire qu’ils n’ont pas mérité. Je leur dis que c’est une responsabilité d’être riche de traditions. Il faut la partager », pense-t-il. 

La démarche familiale de Philippe de Gaspé Beaubien s’inscrit dans la fierté qu’il éprouve envers notre histoire nationale. 

« Je crois en notre avenir collectif. Si on peut transmettre aux jeunes la fierté de nos racines et l’importance de nos traditions, on va survivre. Au plan de l’histoire, un petit groupe pas riche et abandonné qui a survécu, c’est un miracle. Je suis encore surpris qu’on ait pu maintenir notre langue et nos traditions », conclut-il.

Par Martin Bisaillon

 
Isabelle Maher